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Son fils disparaît dans la grande tourmente de 1914-18 et
c'est à son petit fils, André Darré, qu'il apprend le
métier dès ses 14 ans. Ce dernier est mobilisé en août
1939 et, lorsqu'il revient, en 1941, le moulin n'existe
plus. Il a été dynamité par les allemands le 22 mai 1940,
car il servait de repère aux artilleurs anglais. La paix
revenue, des démarches pour retrouver un moulin sont
effectuées par l'instituteur et secrétaire de mairie du
village, Michel Grassien. C'est celui de Crochte, arrêté
quelques années avant la guerre, qui fait l'affaire et qui
sera démonté à partir du 4 juin 1951.
Ce n'est pas une mince opération, mais les charpentiers
compétents sont encore là qui vont résoudre tous les
problèmes techniques, et en août 1952, les ailes tournent
pour la première fois. Hélas, le 14 août, le charpentier
Eugène Roos meurt dans un accident de la route, et c'est
ensuite le tour d'Achille Lejeune, qui décède le 5
septembre, après être tombé de la trappe du moulin, se
brisant les vertèbres cervicales. C'est Géry Demersseman
qui achèvera les travaux, mais le moulin ne sera pas
inauguré. Les années passent et l'usure du temps fait son
oeuvre. Le moulin a besoin d'un sérieux coup de neuf, les
bois sont verts de mousse, les tôles rouillent, le
piédestal n'est pas bien protégé et le meunier est
allergique à la peinture. En 1975 et en 1976, l'ARAM
organise deux chantiers de jeunes pour brosser la carcasse
et la protéger de carbonyle, poser et peindre de nouvelles
tôles sur la toiture, nettoyer l'intérieur, protéger le
piédestal et habiller de bardeaux de châtaignier la face
exposée aux vents. C'est un moulin neuf, entièrement
financé sur les fonds de l'ARAM, qui est inauguré le 5
septembre 1976, en présence de la municipalité de Leers,
qui signe ce jour la charte de jumelage des deux moulins.
Et puis au matin du 12 janvier 1978, à son réveil, le
meunier découvre avec stupéfaction le moulin abattu par la
tempête ! Il n'était pas orienté et le pivot n'a pu
résister à la forte poussée des vents d'une extrême
violence. Dès le lendemain, une conférence de presse se
tient au moulin, où le président de l'ARAM, répondant à
une question des journalistes, affirme qu'il est possible
de reconstruire le moulin, à la condition que les médias
soutiennent l'action. S'ensuit un énorme mouvement de
solidarité. Citons simplement quelques chiffres : 150.000
F. de dons divers, 381.838 F. de subventions (Ministères
de la Culture, de l'Environnement, de la Jeunesse et des
Sports, des communes de Coquelles et de Leers, du Conseil
Général du Pas de Calais et de la CEE), 300.000 E environ
en matériaux et en prestations de service offerts
gratuitement. La reconstruction du moulin fut une
véritable aventure, qui s'est déroulée en un laps de temps
record, puisqu'en décembre 1980, il pouvait déjà moudre.
Et ceci sous la responsabilité de l'ARAM, avec l'aide
dévouée du secrétaire de mairie, Michel Niemann. Et
pourtant, cette belle histoire a eu une triste suite ! Le
meunier n'a jamais voulu remettre le moulin en service, il
est même allé jusqu'à congédier les principaux
intervenants, donnant ainsi le départ à une future
légende, celle d'un nouveau moulin de l'Ingratitude. |